- Vidéo: Viviane Chidid pleure comme un bébé devant Pape Cheikh Diallo qui l’interviewait au sujet de… Regardez
- Scandale sexuel: Un cadre d’une banque surpris au bureau par sa femme en plein ébat homosexuel
- Vidéo: Résumé complet Bayern vs Borussia 2-1, finale de la ligue des champions (tous les buts)
- Video. Leumbeul: quand les danseuses sénégalaises mettent sans dessus dessous le pays de Djammeh (attention les yeux)
- Vidéo: Ricky Naputi l’homme qui était incapable de quitter sa maison a cause de son poids est décédé. Regardez
- VIDEO: La robe de Mariah Carey craque en direct
Circoncision interdite : Le pénis face au pénal
En condamnant cette pratique millénaire, au nom de la défense de l’intégrité physique de l’enfant et de son droit à «décider par lui-même de son appartenance religieuse», le tribunal de Cologne a meurtri juifs et musulmans. Voici pourquoi…
Il devient urgent de désacraliser le prépuce. C’est un problème de santé mentale. Le tribunal de Cologne, estime ces motifs religieux sont une blessure corporelle passible d’une condamnation en justice. Il a tout confondu, la religion, l’hygiène, le sexe, et même le fiscal. Suétone raconte que lorsqu’il était jeune, sous le règne de l’empereur Domitien, il a vu des agents du fisc impérial obliger un vieil homme à relever sa tunique pour voir s’il était circoncis.
Il existait à Rome un impôt sur l’absence de prépuce, qui signifiait que le sujet était juif et devait donc acquitter le «fiscus judaicus», destiné à l’origine à l’entretien du Temple de Jérusalem, mais qui, depuis sa destruction par Titus, tombait directement dans les caisses de l’Etat romain.
Sous Domitien, un empereur pourtant tyrannique et cruel peu ouvert aux valeurs de la diversité, la circoncision n’était ni interdite ni stigmatisée. Elle était tout simplement taxée. Le prépuce était déjà au centre de l’identité.
La circoncision est le produit d’une civilisation, c’est-à -dire celui d’un fantasme. Ce n’est pas seulement un geste médicalisé ou non, mais un acte beaucoup plus complexe que ne l’ont cru les juges allemands. Un circoncis n’est pas forcément un croyant et un incirconcis peut être un fanatique religieux. Le jugement de Cologne a ému et choqué les communautés juive et musulmane.
Il est difficile, pour beaucoup de croyants, de garder leur sang-froid et leur raison devant ce qu’il faut bien appeler une violation, pour ne pas dire un viol de leur intimité, de leur pudeur et de leur foi.
Plus redoutable que les percepteurs romains, le tribunal de Cologne a déculotté des millions de gens. «Ces juges ne se sont pas rendus compte qu’ils mélangeaient tout, la pureté rituelle et la toilette intime», dit Odon Vallet, un des meilleurs historiens des religions. Ils se sont autorisés, par présomption ou par ignorance, une irruption inconvenante, aussi bien dans les salles de bains que dans les synagogues et dans les mosquées.
Avaient-ils la légitimité pour le faire ? Cette intrusion inopportune dans les braguettes aurait soulevé moins d’inquiétude et de colère chez ceux pour qui la circoncision est un vieux marqueur spirituel si elle était venue d’un autre pays. Pour des raisons qu’il est inutile de décliner, l’Allemagne devrait s’interdire de prolonger ses investigations au-dessous de la ceinture.
Un peu d’histoire, puisqu’il faut bien descendre jusqu’aux racines de nos conflits et de nos incompréhensions actuels. La circoncision nous vient du Proche-Orient, un terrain fertile en innovations religieuses. Les anciens Hébreux l’ont empruntée aux Egyptiens de la période pharaonique.
Le premier Hébreu circoncis fut Abraham. Dieu lui a expliqué que ce serait le signe de l’Alliance entre lui et le peuple juif. On ne sait pas s’il s’est opéré lui-même. Si c’est le cas, il a dû souffrir : il avait 80 ans. Du moins son consentement était-il éclairé, comme on dit aujourd’hui. Il avait eu tout le temps de réfléchir à la question.
C’est ce que demandent les laïcs qui se mêlent de religion et qui refusent que l’enfant soit marqué à jamais, sans qu’on lui demande son avis, par la religion de sa famille. Ils veulent que le fidèle qui reçoit, d’un coup de bistouri, la blessure qui scelle son alliance avec le Créateur y consente en pleine conscience et en pleine liberté. Mais à quel âge est-on en mesure de donner un tel consentement ?
A 80 ans, comme Abraham ? C’est un peu tard. A l’âge de raison ; 7 ans selon la tradition ? Mais c’est encore celui de l’enfance ? Et puis les suites de l’opération sont douloureuses. Mais non, répondant les médico-laïcs : certes le gland sera hypersensible pendant quelques jours, mais il suffit d’un suspensoir et d’une convalescence, d’autant plus que les fils n’ont plus à être enlevés, puisqu’ils sont maintenant en cristaux de glucose biodégradables. Pardonnez-nous ces précisions, mais Dieu, aussi bien que le Diable, est dans les détails.
Il n’est fait nulle part mention de la circoncision dans le Coran. Ce n’est pas un commandement religieux, mais une coutume préislamique qu’on peut supposer d’origine hygiénique et qui est devenu une loi avec le temps. C’est ce que les juges de Cologne n’ont pas pris en compte, ils ont mis dans le même sac des circoncis qui n’appartiennent ni à la même religion ni à la même culture.
Au Bénin, les musulmans, les catholiques et les adeptes du vaudou sont également circoncis. Sans parler de la grande majorité (70%) de la population mâle américaine qui accepte, toutes religions confondues, la circoncision pour des raisons d’hygiène.
L’ablation du prépuce prévient les infections, souligne l’OMS, diminue les risques de sida et fait reculer la fréquence des cancers de la verge. Les juges de Cologne ont oublié l’essentiel. La circoncision ne fait pas qu’imprimer une religion et un Dieu dans la chair. Elle n’est pas qu’un rempart contre la maladie et la mort. En rendant le gland moins sensible, elle prolonge les rapports sexuels et empêche l’éjaculation précoce.
Nouvel Observateur